Skippers : quand l’amour de la houle vous emmène au large

L’appel de la mer ne se contrôle pas. Certains la regarde l’été, avec deux pieds dans l’eau et un maillot. D’autres y consacrent leur vie, avec une grande détermination et un bon bateau. Mais qu’est-ce qui anime ces skippers ? Carnets de navigation avec Kito de Pavant, ancien participant au Vendée Globe.

L’été n’est plus qu’un lointain souvenir. Le ciel est brumeux, il fait moins beau et plus froid. En automne, le temps n’est pas clément, le vent souffle plus fort et la mer est plus agitée. Les trente-trois skippers (vingt-sept hommes et six femmes) qui participent aux Vendée-Globe de cette année n’ont pourtant pas peur d’affronter les éléments, bien au contraire. C’est ce qui les fait vivre et partir au large, pendant plus de deux mois, en solitaire. Que ressentent-ils, à ce moment-là, seul, sur leur bateau, avec pour seule compagnie, les vagues, le vent et les oiseaux ?

Pas de tour du monde cette année pour Kito De Pavant. Après trois participations (2008,2012,2016), le navigateur héraultais n’a pas réussi à trouver un voilier cette année : « Se préparer pour une telle compétition coûte cher en énergie et en argent, pendant 4 ans, tu es à fond pour trouver les bons sponsors, une bonne équipe, un bateau qui te plaît ; tu le négocies, le retapes et t’entraînes avec. » Mais la passion ne le quitte pas.   

Kito De Pavant a participé trois fois au Vendée Globe

Kito, de son vrai nom, Christophe Fourcault, est accro aux sensations procurées par la mer. Il navigue depuis quarante ans et, pour lui, la navigation, c’est une drogue dure : « C’est fabuleux. On ne peut pas nous priver de ses moments exceptionnels, c’est la force des éléments, du vent, qui nous porte. » Une drogue dure qui occupe aussi bien son corps que son esprit : « Les souvenirs en mer sont compliqués à raconter, ils sont éphémères. C’est quelque chose d’instantané qui se vit à l’instant T. » Nostalgique, il énumère les souvenirs : un soleil qui se couche, un ciel étoilé, une pleine lune, un vol de goélands, une tempête. Autant de moments offerts par la nature que les mots ne peuvent pas décrire. Le navigateur se coupe du monde pour se reconnecter avec la nature, une nature dont il a besoin pour avancer : chaque soleil qui se couche ou un autre phénomène naturel est unique et n’appartient qu’à celui qui a la chance de le voir.

« naviguer, c’est une drogue dure »

Kito De Pavant

  

C’est cette perpétuelle quête de nouvelles sensations et de connexion avec la nature que les navigateurs recherchent. Les compétitions deviennent alors un jeu, un nouveau moyen d’appréhender la voile : « La compétition, c’est un moment où on va chercher quelque chose de nouveau, l’enjeu rajoute du piquant  » Et il y a aussi le temps des surprises, bonnes ou mauvaises : c’est la règle du jeu explique le skippeur. Kito se replonge dans ses souvenirs et se rappelle de sa victoire lors de la Solitaire du Figaro, en 2002 : « C’est mon meilleur souvenir, je ne m’attendais pas du tout à gagner, quand c’est arrivé, les émotions étaient très fortes. »

Les régates en solitaire forcent au dépassement de soi et à la maîtrise de ses émotions : « Pour un navigateur, la peur n’existe pas, c’est un sentiment négatif. Dans certaines situations compliquées on ressent du stress, pas de la peur. Et grâce à la maîtrise, on s’en sort. » Si la mer est attrayante, elle est aussi un environnement rude : trois abandons en trois Vendée Globe. (mât cassé 28h après le départ de son premier Vendée Globe, collision avec un chalutier 44h après le départ de son deuxième et choc important avec un cachalot un mois après le départ de son troisième, en 2016). La mer ne fait pas de cadeaux et pourtant elle n’empêche pas ces amoureux de sensations fortes de remonter à bord et de se faire de nouveau porter par le vent et les vagues.

Julie Cedo

Tag(s) associé(s):