Doit-on se radicaliser pour sensibiliser à l’écologie?

52% des français placent la protection de l’environnement comme la première de leurs préoccupations. Malgré l’éveil d’une conscience écologique collective depuis quelques années, la lutte contre la crise climatique se heurte toujours à des décisions économiques, incompatibles avec les réalités environnementales. La multiplication des marches pour le climat et la montée du parti Europe Ecologie Les Verts lors des élections européennes de 2019 témoignent d’un désir de changement en usant des biais démocratiques. Mais en parallèle, certains mouvements écologistes se radicalisent pour faire passer leurs idées.

Les question environnementales prennent aujourd’hui de plus en plus d’espace au sein du débat public. Le citoyen est même mis à contribution avec la création de la convention citoyenne pour le climat en octobre 2019. Mais les mesures tardent à être appliquées. Lorsque les institutions font un pas en avant pour le climat, quelques mois plus tard, c’est deux pas en arrière et les exemples ne manquent pas : réintroduction des néonicotinoides pour sauver la filière betteravière, report des objectifs des réduction du nucléaire, exonération fiscale pour les promoteurs des énergies fossiles. Selon Dominique Bourg, spécialiste des questions environnementales, les pouvoirs publics ne répondent pas à l’urgence climatique : « c’est le néant mais pas seulement en Europe, il n’y a aucune cohérence et vous savez à l’avance que les objectifs ne seront pas atteints ». Selon le professeur, il faut que nos mesures de protection de l’environnement soient réfléchies non pas sur les dégâts d’aujourd’hui mais sur ceux dans 20 ans.

QUAND LA NÉCESSITÉ D’AGIR ENTRAÎNE LA RADICALISATION

Malgré l’existence d’outils démocratiques à disposition des citoyens (vote, manifestation, recours juridiques…), certains militants écologistes estiment que l’action des politiques est trop lente et insuffisante. Et le droit montre ses limites :  » la justice peut pas faire plus que mettre en évidence la contradiction entre un engagement pris par un Etat et la réalité «  explique Dominique Bourg. Face à cette situation, une seule solution : se radicaliser pour obtenir des vrais résultats. Dans l’inconscient collectif, le terme « radicalisation » est connoté négativement mais dans le cadre de la lutte écologique, il amène à considérer le problème dans sa globalité et à associer luttes écologiques et sociales. C’est dans cette idée que le mouvement Extinction Rebellion est né en 2018 au Royaume-Uni. Des luttes sont organisées à travers toute l’Europe.

Les militants d’Extinction Rébellion devant le Zara du Capitole (Toulouse) @ExtinctionRebellion

17 octobre 2020, rue Alsace-Lorraine à Toulouse, les militants d’Extinction Rébellion et Youth For Climate investissent les deux magasins Zara du centre-ville, célèbre marque de vêtements. Au programme : blocage du magasin et distribution de tracts auprès des passants. Une action choc qui a pour but d’alerter la population sur, selon les militants,  » l’esclavagisme moderne et la destruction environnementale dont se rend complice l’enseigne » . Un des militants de Youth For Climate, Zéphir, explique son engagement :  » Je conçois l’écologie uniquement en dehors du système capitaliste dont l’objectif est de poursuivre indéfiniment l’utilisation des ressources. On ne peut pas obtenir un monde écologique avec ce système-là qui est aussi à l’origine de tous les problèmes sociaux  » La radicalisation se traduit donc par une volonté de résoudre le problème à la racine mais est-il possible de se tourner vers des moyens d’actions qui ne sortent pas du cadre légal tel que les blocages, les sabotages ou les actions de désobéissance civile ?

Se radicaliser pour faire avancer la cause

L’une des voies choisie par les militants écologistes, c’est la désobéissance civile. Elle a pour objectif de marquer les citoyens de façon spectaculaire. Exemple avec l’action d’Extinction Rébellion qui a déversé du faux sang sur les marches du Trocadéro en mai 2019 pour alerter sur l’extinction de masse à venir. Mais la question de la légitimité de ces actions se pose. Si les rouages de la démocratie fonctionnent, sur quoi se basent les adeptes de la désobéissance civile pour justifier leurs actions ?

Pour Dominique Bourg, la désobéissance civile intervient lorsqu’une situation où on a le sentiment d’être en danger n’est pas pris en compte à sa juste valeur par l’Etat de droit :  » On désobéit civilement non pas pour aller contre la loi mais pour la contraindre à évoluer et à prendre en compte le danger qu’elle ne permet pas d’encadrer «  Il croit même à l’inexistence d’une démocratie sans désobéissance civile :  » Cela voudrait dire que les lois, la réalité et les problèmes ne bougent pas, c’est un espace de respiration propre aux démocraties ».

Les militants écologistes tentent de se réinventer pour faire passer leurs messages @ExtinctionRebellion

Pour Augustin Fragnière, docteur en sciences de l’environnement, la désobéissance civile ne peut pas se suffire à elle-même :  » c’est une modalité d’action complémentaire à tous les instruments démocratiques légaux, c’est le dernier recours pour stimuler une réaction des autorités ». Il existe donc des actions coordonnées. C’est le choix du mouvement Youth For Climate : ils utilisent des biais non-démocratiques mais aussi démocratiques avec le lancement par exemple de Fridays For Future, dont le but est de faire une grève tous les vendredis.  » Il y a une lutte légale pour gagner en crédibilité auprès de acteurs européens notamment et des actions de désobéissance civile pour montrer que nos propositions sont défendues par la population de manière très déterminée. « 

Que ces actions soient légales ou non, elles posent la question de la responsabilité des Etats. Des citoyens lambda se sentent obliger de passer outre les lois pour choisir leur avenir. Un avenir dont les différents gouvernements sont censés être les garants.

Mathilde Dorval Duez & Timothé Rouvière