Le numéro d’équilibriste du cirque face au COVID

Entre la limitation des rassemblements, la distanciation sociale et le port du masque, difficile pour les cirques traditionnels de continuer à fonctionner normalement. Confronté aux mêmes problématiques, le cirque contemporain a lui réussi à se réinventer pour continuer à émerveiller.

Des enfants qui rient aux éclats devant les clowns, leurs parents qui retrouvent leur âme d’enfant devant le numéro de jonglerie et les cris de stupeur lorsque le trapéziste s’élance dans le vide et se rattrape in-extremis : le cirque rassemble toutes ces émotions. Mais depuis le début de la pandémie, les chapiteaux sont de moins en moins remplis et les cirques accusent le coup. Avec la limitation des rassemblements à 5000 personnes et le mètre de distanciation obligatoire, les cirques ouvrent à perte et les rires des enfants sont bien loin. C’est un autre type de cirque qui tire son épingle du jeu : le cirque contemporain.

La compagnie Baraka pendant une représentation

Contrairement au cirque traditionnel où le divertissement et le spectacle priment, le cirque contemporain cherche à donner un sens et présente une vision artistique personnelle à chaque artiste. Le rapport au public est primordial mais avec la distanciation sociale, il a dû repenser ses spectacles. C’est le cas de Julia Mathez, clown de formation au sein de la compagnie Olëa. Son spectacle initial proposait un jeu autour des sens mais elle a du y mettre fin pour respecter les gestes barrières. Avec deux autres collaboratrices, des musiciennes de la compagnie, elles ont développé un spectacle organisé autour de paravents et d’ombres chinoises. Alizée Claus, co-fondatrice de la compagnie Le Défouloir à Toulouse, a créé un spectacle qui se joue chez des particuliers : « Pendant le confinement, on installait le fil entre des arbres ou à l’aide de pieux métalliques et on faisait notre numéro, cela permet de partager un moment convivial. Il y a une vraie demande de spectacles à la maison. » Dans la continuité de cette expérience, Alizée Claus s’est lancée dans la création d’un nouveau spectacle, spécialement conçu pour être joué dans des lieux privés.

Des mesures de soutien INSUFFISANTES

Pour permettre aux intermittents du spectacle de ne pas être trop affectés par la crise sanitaire, Emmanuel Macron a annoncé la prolongation des droits de ces derniers jusqu’en août 2021. Un soulagement pour Paul Ribiere, chargé de production au sein de la compagnie Baraka mais pour qui l’invitation à se réinventer formulée par le président trouve ses limites : « On accepte de se réinventer mais on cherche aussi à défendre ce qui faisait notre force avant. On veut garder notre identité et ce lien avec ce public. Sous le chapiteau, il y a des personnes de toutes les catégories sociales et de toutes les origines, c’est le reflet de la société et on ne veut pas perdre ça. »

Le syndicat des cirques et compagnies de création, qui réunit principalement les acteurs du cirque traditionnel, a fait une demande de soutien auprès du Ministère de la Culture. Ils demandent une meilleure compensation des spectacles annulés ou une dérogation au couvre-feu pour continuer à émerveiller les français. Quant au cirque contemporain, ses professionnels ont réussi, à plus ou moins grande échelle, à transformer leur art, afin de se rapprocher de leur public, pas avec contagion mais avec émotion.

Marie Maison