S’approprier un nouveau corps après un cancer du sein

Chaque année, le cancer du sein touche 50 000 femmes en France. Du jour au lendemain, elles se retrouvent confrontées à la maladie et doivent souvent subir une mastectomie. Pour se reconstruire, 40% d’entre elles font le choix de la reconstruction chirurgicale. Une nouvelle épreuve pour ces femmes qui doivent réapprendre à vivre avec un nouveau corps.

Cette poitrine j’en suis fière. Je porte des décolletés et je m’assume complètement aujourd’hui. » Paola, touchée par la maladie en 2016 alors qu’elle a seulement 20 ans, revendique avec fierté sa féminité sur son compte Instagram. Après des moments difficiles, elle a fait de la reconstruction chirurgicale qui a suivi sa mastectomie (ablation du sein), le nouveau point de départ de sa vie. Mais avant de pouvoir se sentir de nouveau femme, Paola a dû subir une opération chirurgicale lourde : « On reconstruit la peau du sein , le volume du sein et la plaque aréolo-mamelonnaire (le mamelon et l’aréole) » explique Karim Kolsi, chirurgien plasticien à l’Oncopole de Toulouse. À la suite de l’opération, il existe trois choix : la prothèse mammaire, le prélèvement graisseux ou le resserrement des tissus de la patiente.

La prothèse mammaire, c’est la solution privilégiée par ces femmes. Cette reconstruction est comme un pansement après plusieurs années de chimiothérapie. C’est le cas de Pascaline, 55 ans, touchée par la maladie en 2005 : « Je ne pouvais pas vivre sans poitrine, pour moi, c’était une mutilation, je n’aurai pas pu me regarder dans un miroir et voir seulement un torse plat et cicatrisé. Quand j’ai reçu mon nouveau sein, je lui ai tout de suite parlé. » Pour Paola, la reconstruction mammaire a été indispensable pour aller de l’avant : « J’ai pu éviter un traumatisme, mais ce n’est pas facile tous les jours », confie la jeune femme. En effet, elle souffre de certains désagréments liés à la reconstruction de son sein : « Je n’avais plus de téton, juste une grosse cicatrice, mais j’ai aussi une peau qui n’est plus du tout sensible ; je ne sens rien, la zone du sein n’a plus de vaisseaux et de nerfs. Si quelqu’un le touche, je ne le sens pas. » Paola doit aussi s’adapter dans sa vie intime : « Ca doit se faire à deux ! » s’exclame la jeune femme.

Un sentiment qu’éprouve aussi Isabelle, elle aussi reconstruite grâce à une prothèse : « Mon sein n’a rien à voir avec mon sein originel, je sens une différence dès que je fais certains gestes. Quand je porte mes petits-enfants, je sens des tiraillements, des douleurs, car mon sein est dur. Je ne vais plus dans les endroits où il y a beaucoup de monde, j’ai trop peur de me prendre un coup et avoir mal. »  Après la maladie, ce sont donc de nouvelles craintes et angoisses qui envahissent les pensées de ces femmes.

Gérer les douleurs et les angoisses de la reconstruction

Dans la tête de toutes les femmes qui se sont faites reconstruire les seins avec des implants mammaires, l’affaire Poly Implant Prothèse (PIP) en 2010, qui a mis au jour l’éclatement de plusieurs prothèses mammaires, causant des dommages chez de nombreuses femmes. Suite à cette affaire, Pascaline a été prise d’une grande panique : « Je me suis affolée, car j’avais fait l’opération quatre ans avant. J’ai tout de suite pris rendez-vous avec mon médecin qui m’a rassuré sur la qualité de mon implant, ça été un réel soulagement ». Et il y a aussi les douleurs. Pour Paola, il a fallu se battre pour se réapproprier son corps : « Le sport m’a beaucoup aidée, j’ai pu retrouver de la mobilité et me sentir femme. » Paola a dû aussi revoir son style vestimentaire, elle ne peut plus s’habiller comme elle veut : « Je devais porter une brassière pour maintenir la prothèse, c’était difficile pour moi car j’adore les décolletés et porter des petites robes et avec la brassière c’était impossible. »

50 000 femmes sont touchées par le cancer du sein chaque année @charlottelenne

Certaines femmes sollicitent un accompagnement psychologique pour passer par- dessus cette épreuve. L’Institut du sein les aide à Toulouse : « On les dirige vers des tatoueurs spécialisés dans la reconstruction aréolo-mamelonnaire ou dans les cicatrices pour qu’elles reprennent confiance en elles, on est là aussi pour mettre des mots sur leurs maux, les rassurer », expliquent Malorie Saffré et Laetitia Maury, coordinatrices au sein de l’association. Mais la famille et les proches jouent un rôle tout aussi précieux : « Ils m’ont aidé à m’accepter et me prodiguaient des conseils dans la manière de m’habiller par exemple, le choix des vêtements. L’entourage joue beaucoup, la confiance en soi vient de nous mais elle est nourrie par les autres » selon Paola. Désormais Paola positive : « Mes cicatrices sont belles, c’est comme un tatouage. Désormais, je n’ai plus peur ni honte du regard des gens, je m’accepte totalement. Avant, c’était un fardeau, maintenant une fierté. » S’approprier un nouveau corps, c’est un défi physique mais avant tout psychologique.

Victoria Lascaux

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