les murs du bien-être et du spectacle

Depuis son ouverture le 27 février, l’Espace au coin de l’amour est un modèle de lieu alternatif. La journée, c’est un centre de développement personnel et un lien de bien-être mais en fin d’après-midi, le lieu se transforme en un espace culturel qui accueille un panel bigarré d’artistes toulousains.

La lumière automnale passe un bras par la fenêtre de ce qui, autrefois, était un salon familial. Elle vient caresser le visage des visiteurs spontanés ou habitués, comme pour leur adresser un salut. Il y a aussi des objets d’assises dédiés aux réunions collectives : sur le grand tapis tressé sont répartis des coussins et quelques tissus. Quant aux photos de famille, elles ont été remplacées par des peintures réalisés pendant les ateliers d’arthérapie. De l’autre côté de la salle, la cuisine, c’est là que les spectateurs des soirées culturelles ont pour habitude de déposer des rafraichissements maisons. Dans le jardin, Mariane a le regard fixé sur son ordinateur. C’est elle qui gère les plannings de la semaine et communique sur les évènements du lieu sur les réseaux sociaux. Il lui a fallu deux ans pour transformer cette maison de famille en un lieu alternatif qui mêle développement personnel et espace de culture. 

Créatrice de liens

Mariane Colombies a toujours vécu dans le quartier de la Côte Pavée à Toulouse. Spécialisée dans le bien-être, elle souhaite prendre son indépendance et se lance dans les massages harmonisants et les drainages lymphatiques. Elle reçoit ses clients dans un petit appartement sur le boulevard Deltour. Mais ce qui anime Mariane, c’est créer du lien, mettre en contact les communautés de son quartier. Elle se lance dans le création d’ateliers de bois et de métal destinés à un public isolé et peu visible : les résidents du centre de réinsertion pour prisonniers. Pendant quatre ans, la cour du centre de réinsertion accueille « des gens d’en haut et d’en bas » autour de repas conviviaux. Un aboutissement pour la jeune femme et qui lui donne l’envie de réitérer l’expérience. Elle décide alors de « stimuler sa zone d’inconfort » en créant un collectif de praticiennes du bien-être, le tout en y ajouter les arts : «  Je voulais bâtir un lieu d’échange qui dure ». Par une heureuse coïncidence, elle découvre un espace qui s’inscrit à merveille dans l’idée qu’elle souhaite développer : le 27 chemin du Coin de la Moure.

Mariane aménage en septembre 2018 et pendant trois mois, elle se retrousse les manches. Avec détermination, elle déplace les meubles, crée des espaces de vie mobiles, aménage les chambres de la propriété privée en cabines de massages, met en place des systèmes de crochets pour disposer les balancelles*. En parallèle, elle dépose une annonce sur les réseaux sociaux avec les photos de ce nouvel environnement qui l’entoure. Elle cherche des praticiennes, prêtes à investir, avec elle, ce lieu. A sa grande surprise, les demandes affluent de toute la France : Toulouse, Dijon, Foix…Toutes font le déplacement pour rencontrer Mariane Colombies et parler avec elle du projet. C’est le cas d’Isabelle. Elle vient de Saint-Gaudens et n’a pas eu a réfléchir très longtemps avant de s’installer dans ce lieu. Elle pratique aujourd’hui des soins en sonothérapie à base de bols tibétains : « L’idée étant d’aller à la rencontre avec sa détente en écoutant les vibrations des bols. ».

Isabelle soulage les maux grâce aux vibrations des bols tibétains @Lisa Fegné

Dans le cabinet, au fond du couloir, Mariane assure des drainages lymphatiques à Caroline, une de ses patientes : « On cherche le chemin de la lymphe pour faire circuler ce qui ne circule plus ou pas ». Caroline est depuis toute jeune très sujette aux sinusites. Grâce aux drainages que lui prodigue Mariane, elle se sent plus relaxée. A la fin de la séance, la professionnelle lui prodigue un conseil : « Pas de caresses pendant trois heures, les effets du drainage circulent dans tout le corps pendant deux à trois heures. Pour ne pas interférer avec le processus, mieux vaut ne pas se toucher ou être touchée ».

Avec le groupe, Mariane se découvre des talents de gestionnaire. A tel point que le centre de développement personnel et de mieux-être a évolué et ne se cantonne plus seulement à des soins. « Le soir, je voulais que ça continue, que ça vive. Alors j’ai recherché des artistes du coin qui avaient envie de se produire ici. Dans ce cas précis, la situation sanitaire m’ a aidé , je voulais faire rentrer l’art dans la maison ». C’est au marché de Saint-Aubin qu’elle fait la rencontre d’Elise et de Charlie, deux musiciens de rue, à la recherche de nouveaux lieux pour jouer. Parmi les autres artistes, Nathalie, comédienne de théâtre. Elle a découvert le lieu par l’intermédiaire d’un cercle de femmes lors d’une soirée à la Cave Poésie : « J’ai entendu dire que c’était une terre d’asile artistique et cela m’a tout de suite plu. »

L’Espace au coin de l’Amour est situé dans un quartier pavillonnaire. @LisaFegné

L’Espace au Coin de l’Amour tourne à plein régime : 8 professionnelles dispensent des soins chaque semaine et il y a une ou deux soirées culturelles. Mariane loue la maison et demande une participation financière aux praticiennes et aux musiciens pour payer le chauffage et l’électricité. Mariane ne cherche pas à faire de ce lieu un business mais elle veut permettre à chacun de se lancer dans le soin bien-être ou la musique.

A l’heure de la pandémie, l’Espace au coin de l’Amour s’inscrit comme un modèle d’activité professionnel authentique. Il devient même une solution car si tous les lieux publics de représentation et de pratique de soins ont fermé, les propriétés privées peuvent toujours ouvrir leurs portes. A l’heure du télétravail fortement recommandé, n’est-il pas temps de troquer les locations de cabinets et de bureaux non-personnalisés pour des espaces qui nous ressemblent ? Ne pourrions-nous pas, en signe de solidarité, créer des espaces éphémères de représentation pour les artistes ? Ou aménager nos salons en mini salle de concert, tout en suivant les restrictions sanitaires ?

* siège mobile utilisé dans les jardins qui possède plusieurs places composé d’un toit en tissu et de coussins.

Lisa Fégné