Coronavirus et phobie scolaire : un cocktail explosif

Si l’école a manqué à de nombreux enfants durant les mois de confinement et de vacances, pour d’autres cela a été une véritable bouffée d’oxygène. Les phobiques scolaires, encore plus anxieux qu’à l’habitude, font face à un retour difficile en classe.

Lundi matin, au moment de partir à l’école votre enfant fond en larmes, ses yeux sont fardés de cernes, il se plaint de maux de ventre, de tête. Son corps n’est pas malade, pourtant il ressent bel et bien tout ce qu’il décrit. Caractéristiques de la phobie scolaire, les angoisses de l’enfant ou adolescent se transforment en symptômes physiques.
Selon le docteur Christopher Kearney, spécialiste du sujet, le refus scolaire anxieux toucherait jusqu’à 30 % des enfants au cours de leur scolarité. Les plus touchés ont souvent été victime de harcèlement ou souffrent d’un trouble de l’apprentissage. La phobie scolaire n’est que la conséquence de ces difficultés.

La rentrée des classes 2020 est particulièrement rude pour ces élèves. Odile Mandagaran, présidente de l’Association Phobie scolaire fait face à une recrudescence du nombre de cas : « Lorsqu’il y a des événements sociétaux graves comme l’épidémie actuelle, les cas de phobie scolaire augmentent. Les enfants hypersensibles sont souvent fortement touchés par ces événements. Par exemple, pour ma fille en 2012, l’élément déclencheur avait été les attentats de Mohammed Merah à Toulouse » relate-t-elle.

Toutefois, on parle bien ici d’événement déclencheur et pas de cause. L’épidémie de coronavirus et l’absence prolongée ont réveillé chez certains enfants des angoisses préexistantes. Pour le docteur en psychologie Maximilien Bachelart, le contexte épidémique est très anxiogène pour les enfants fragiles. « Ils ont peur de contaminer leurs parents et leurs grands-parents en retournant à l’école. Malgré tout, ce n’est pas la cause réelle de leur anxiété, ils ont seulement trouvé un thème d’angoisse sur lequel s’accrocher. Les crises viennent révéler des problèmes latents, déjà présents ».

L’ACCALMIE DU CONFINEMENT

Face à des parents et un corps enseignant qui ne comprend pas toujours la phobie scolaire, les élèves se retrouvent sous pression tiraillés entre la culpabilité de ne pas remplir leur devoir d’écolier et un mal-être grandissant. Dans ces conditions, le confinement a été libérateur.
« Pour beaucoup d’enfants qui étaient déjà en situation de phobie scolaire, c’était un énorme soulagement. La maison est devenue un refuge contre le virus. Durant cette période exceptionnelle, rester à l’intérieur est pour le coup valorisé » souligne le Dr Bachelart.
Marion Gauthier, mère d’une lycéenne de 17 ans en a fait le constat, « Agathe a beaucoup apprécié être confinée, selon elle elle n’a jamais aussi bien travaillé. Elle aimait le fait de travailler seule, sans professeur ni élève à proximité ». La phobie scolaire d’Agathe n’a pourtant été détectée qu’à la rentrée, jusque-là on la qualifiait seulement d’élève « très réservée et discrète ». Début septembre elle s’inquiète de ne pas réussir à s’intégrer dans sa nouvelle classe. Il a suffi de quelques jours pour que ces inquiétudes se muent en violentes crises d’angoisse.

 » Le confinement a ete un enorme soulagement. lA MAISON EST DEVENUE UN REFUGE CONTRE LE VIRUS  »

dR BACHELART, SPECIALISTE EN PSYCHOLOGIE

Durant presque 6 mois, les phobiques scolaires ont vécu un sentiment de normalité. Un sentiment qui a volé en éclat début septembre, car plus l’absence est longue, plus il est difficile de retourner en classe. Odile Mandagaran abonde en ce sens : « Beaucoup d’enfants qui faisaient seulement des absences perlées n’arrivent plus à y retourner. Cette absence prolongée les a coupés dans leur élan ».

RETOURNER EN CLASSE

Les élèves en phobie scolaire ne sont pas condamnés à la déscolarisation. Il est possible de mettre en place un protocole adapté pour les aider à retrouver une scolarité paisible. A 13 ans Kassandre a été victime de harcèlement durant plusieurs mois. Sa famille comprend la situation lorsqu’en mars, elle refuse de s’alimenter et de sortir de la maison. Après avoir bataillé avec l’administration du collège pour faire reconnaître la détresse de sa fille, Céline Caloin, a trouvé des solutions. « Sa psychologue et l’infirmière du collège ont mis en place un Projet d’Accueil Individualisé. Dans un premier temps Kassandre n’ira pas à l’école, ensuite elle ira jusqu’au portail, jusqu’à ce qu’elle se sente prête à y retourner ». Pour Odile Mandagaran, c’est une solution efficace mais parfois difficile à faire accepter aux parents. « Dans l’inconscient un enfant est fait pour aller à l’école, l’inverse est impossible. Il faut prendre conscience que n’est pas seulement un élève mais un enfant en face de nous, un enfant en grande souffrance ». Elle conclue « Lorsqu’un enfant est malade physiquement on ne se pose pas la question, pour toutes ces maladies invisibles, il devrait en être de même ».