L’idylle 2.0 : Simple like ou véritable coup de foudre

Elles étaient déjà en vogue avant le confinement. Elles se sont multipliées et le nombre d’utilisateurs a considérablement augmenté, pendant le confinement et même après. Près de 9% de la population française affirme avoir déjà trouvé l’amour sur internet. Avec l’arrivée du web, au début des années 2000, notre rapport à l’amour a considérablement changé et le développement des applications comme Meetic, Tinder, Adopte Un Mec, Lovoo ou encore Frutz, entraîne une multiplication des relations virtuelles.

Les sites et applications de rencontres semblent être des supermarchés, où l’humain devient produit. C’est le cas de Tinder, application particulièrement prisée chez les jeunes, où l’amour se consomme de manière instantanée. Le fait de swiper, de choisir une personne sur de simples critères physiques renforce le sentiment de marchandisation de la rencontre. Nathan a 23 ans, il ne comprend l’idée de marchandisation de l’amour : « Je suis contre ce genre de pratique car je trouve que ça nous pervertit. Nous nous basons en permanence sur le physique. Quand j’entends mon entourage parler des sites de rencontre, je trouve ça banal. Cela ne nous aide pas, au contraire, cela formate les idéaux. »

A l’inverse, certains trouvent l’amour derrière leur écran. Souvent présentée comme une application où les relations d’un soir sont la norme, certains échanges accouchent d’un amour naissant et durable. C’est ce qui est arrivé à Lucie, 22 ans. Elle s’est inscrite sur Fruitz et y a rencontré Louis : « Je suis très heureuse avec mon petit ami, cela fait un an, je n’avais pas trop confiance en moi donc j’ai automatiquement rejeté l’amour et un jour je me suis dis je vais essayer, je n’avais pas vraiment confiance mais je ne regrette pas. »

Des sites de rencontres qui permettent une ouverture sur le monde. Pour certains, c’est une échappatoire sur le monde et un quotidien pesant. C’est l’expérience qu’on vécu Matthias, âgé de 22 ans et étudiant en école d’ingénieur : « Il y a peu de filles qui travaillent dans mon domaine ». Il a rencontré, Laeticia sur Fruitz et depuis ils sont ensemble. Pour Aubane, 22 ans, aide soignante, ces applications permettent de faire des rencontres plus spontanées : « J’ai eu envie de m’inscrire sur un site de rencontres car avec mon travail il est difficile de rencontrer du monde et j’avais envie de voir ce que ça pouvait donner. »

fuir l’imprevu d’une rencontre amoureuse

Un constat partagé par la psychanalyste Fabienne Kraemer. Pour elle, l’amour ne doit pas être consommé comme une marchandise, elle avertit sur le côté pervertif de ces applications : « Je suis persuadée que l’avenir est à ces applications mais elles ne nous poussent pas à trouver l’amour, elles poussent à la consommation. On ne laisse pas le temps aux relations de se développer. L’amour met 20 jours à apparaître. Avec ces applications, on a pas le temps ».

 » l’amour met en moyenne 20 jours à se développer. Avec ces applications, on a pas le temps « 

Fabienne Kraemer, Psychanalyste

Et demain ?

Au fil des années, notre rapport à l’amour a considérablement évolué. C’est un amour bien différent de celui qu’on pu connaître les générations précédentes, nos parents ou nos grands-parents. Il est facile de tomber dans l’équation amour virtuel = amour qui ne dure pas, pourtant, pour certains, c’est là que les véritables histoires d’amour s’écrivent. C’est juste le rapport au temps par rapport à cet amour qui a été modifié. C’est l’avis que partage Marie, étudiante : « Aujourd’hui, l’amour est plus libre qu’avant, on est désormais plus libre d’aimer et ce de manière différente, on le voit par exemple avec les relations LGBT. Ces applications permettent de combler des vides affectifs immédiats, et tout le monde en a besoin. »

Selon Lucie, ce sont les moyens de trouver l’amour qui ont changé : « On aime que tout aille très vite nous les jeunes, nos grands-parents prenaient plus le temps, ils avaient les bals dansants au contraire de nous. » Du côté des adultes, Nathalie et Bertrand, âgés tous les deux de 56 ans, se sont rencontrés dans un café par une relation commune. Ils filent le parfait amour depuis 26 ans. Pour eux, les applications de rencontre ont un côté absurde : « On est plus capable de rencontrer du monde sans le numérique ! » s’exclament t-ils.

L’amour tel que nous le connaissons aujourd’hui est encore amené à évoluer avec la multiplication des applications numériques et l’éclosion d’une génération ultra-connectée. Mais est ce que l’amour de demain pourra passer par autre chose que ces applications ? Peut-on encore croire à une rencontre dans un karaoké dansant où deux êtres que tout oppose se trouvent et ne se quittent plus ?