du soleil à la maison qu’importe la saison

Le Docteur Frederick Cook était un explorateur aguerri du Grand Nord. Au XIXème siècle, son expédition se retrouve immobilisée par la glace, il ne perd pas espoir et fait face aux conditions climatiques les plus extrêmes. Ce à quoi il ne s’attendait pas, c’est que le défi ne soit pas physique, mais émotionnel. Bloqués au tout début de l’hiver, Cook et ses hommes endurent plus de soixante-huit jours d’obscurité permanente. Au fur et à mesure qu’ils plongent dans les ténèbres de l’hiver, Cook voit ses hommes devenir de plus en plus pessimistes et apathiques. Il leur impose alors chaque jour plusieurs heures d’exposition directe à un grand feu de camp. Il note dans son journal que la lumière du feu, bien plus que la chaleur, semble leur être le plus bénéfique.

La lumière influence directement plusieurs fonctions essentielles du cerveau

Pour les animaux qui vivent dans la nature, sans l’influence de la lumière artificielle, c’est la longueur des jours et des nuits qui détermine l’heure à laquelle ils se couchent et se lèvent. La lumière contrôle également la plupart des instincts vitaux, comme l’appétit ou encore l’envie de nouveauté. Des expériences en laboratoire montrent que c’est la lumière et non le changement de température qui contrôle tous ces changements instinctuels à la fin de l’hiver.

La maîtrise du feu, puis de l’électricité, nous a libéré en partie du contrôle que le cycle naturel de la lumière impose normalement aux heures de sommeil et de veille. Mais la lumière artificielle avec laquelle nous fonctionnons en hiver est cinq à vingt fois moins intense que la lumière naturelle d’un jour de grisaille en été. Cette mal-illumination entraîne des dépressions saisonnières liées au manque de lumière naturelle. 

L’horloge biologique conditionne la production d’hormones et, est réglée par rapport aux variations de luminosité et l’alternance jour/nuit. On parle aussi souvent de dérèglement de cette horloge biologique. C’est assez fréquent lorsqu’une diminution de la lumière survient cela déclenche la production de la mélatonine. C’est une hormone qui crée les conditions d’un repos métabolique s’accompagnant du sommeil. A l’inverse si l’on expose un organisme en sommeil à une lumière vive, la production de mélatonine est interrompue au profit d’un neurotransmetteur : la sérotonine. Cette dernière module l’activité d’autres neurotransmetteurs impliqués dans les activités diurnes. La mélatonine et la sérotonine agissent sur la vigilance, l’humeur et la fatigue. Plus concrètement, si, en raison des conditions environnementales, le cerveau reçoit une information erronée, lui indiquant par exemple qu’il fait nuit alors qu’il est midi, ce dernier produit les mauvaises hormones au mauvais moment. En circonstances « normales », un être humain ressent toujours le besoin de dormir dans des moments proches de la nuit, et non en plein jour. En hiver, l’être humain ressent beaucoup plus le besoin de dormir.      

La dépression saisonnière touche 1 personne sur 5 et davantage les femmes

La plupart du temps, une désynchronisation de l’horloge biologique avec les rythmes du corps entraîne des désordres qui passent inaperçus ou sont limités dans le temps, tels que les dérèglements liés au décalage horaire. Plus le phénomène est durable, plus l’impact sur la santé est important et grave. Un dérèglement trop important de l’horloge biologique peut entraîner des dépressions, notamment des dépressions saisonnières. Elles sont liées au manque de lumière naturelle qui survient au même moment chaque année, déréglant cette horloge biologique. Les symptômes apparaissent toujours à la même période de l’année, d’octobre à mars, mais surtout en novembre, décembre et janvier car il y un plus faible et plus court ensoleillement pendant les journées. Ils disparaissent progressivement au printemps ou peuvent diminuer pendant un voyage sous le soleil. La dépression saisonnière se caractérise essentiellement par un excès de sommeil, de la somnolence, par opposition à la dépression classique caractérisée par des insomnies. La dépression saisonnière touche 1 personne sur 5 et davantage les femmes. Les dépressifs saisonniers sont alors désavantagés dans leurs relations sociales et leur vie quotidienne car ils sont confrontés à une importante baisse de moral.

pour pallier à ce phénomène peu connu est née la luminothérapie

Comme les tournesols qui s’orientent vers le soleil et le suivent toute la journée, le cerveau y est sensible. Depuis les années 1980, des équipes du National Institute of Mental Health, aux Etats-Unis, et différents laboratoires scandinaves ont exploré l’utilité de la thérapie par la lumière pour les dépressions à caractère saisonnier. C’est une thérapie basée sur l’exposition d’un sujet humain à une lumière forte pour réguler la production de ses hormones responsables du bon équilibre psychique et métabolique. On retrouve cette thérapie sous différentes formes. Il existe la lampe de luminothérapie, la plus connue. Pour ressentir les effets, il faut s’exposer une demi-heure à 2 heures, tous les jours de préférence et le matin. Une séance le soir peut perturber le sommeil. L’idéal, pour des personnes sans «  réels problèmes » serait, dès le début de l’hiver, de s’exposer 30 à 45 minutes par jour pendant 3 à 4 semaines devant une lampe de luminothérapie. C’est le temps pour le corps de régler son horloge biologique.Il faut être un peu patient, on ne peut pas profiter des bienfaits dès la première séance.

Il y a aussi le simulateur d’aube. C’est un type de réveil dont l’intensité lumineuse augmente progressivement jusqu’au réveil de la personne concernée. Si l’on souhaite se réveiller à 7h00 par exemple, dès 6h15, l’appareil se met à éclairer la pièce. Tout en douceur, il simule l’apparition de l’aube. Ce signal de l’aube, notre cerveau et notre corps y sont parfaitement adaptés. Le réveil se fait naturellement sans interrompre un rêve qui aura compris qu’il devra se conclure de lui-même. Pour ceux que cette douceur inquiète, certains appareils sont dotés d’une « sonnerie de rattrapage », au cas où le signal de lumière n’aurait pas été assez efficace. Dans une étude sur 5 ans, réalisée à Seattle, la ville la plus pluvieuse des Etats-Unis, on remarque que la simulation d’aube est très efficace pour traiter les symptômes d’hibernation associés à la dépression saisonnière. Le cerveau serait même davantage réceptif à cette méthode. 

En dernier recours il existe la luminette. Les luminettes sont des lunettes de luminothérapie. Elles procurent le même bienfait qu’une lampe de luminothérapie en ayant l’avantage d’être particulièrement légères et peu encombrantes. La luminette est le seul dispositif de luminothérapie qui, comme le soleil, permet à la lumière de pénétrer dans l’œil de manière naturelle et d’atteindre les zones de la rétine les plus favorables au traitement, tout en maintenant la vision. Utilisant une technologie avancée, la lumière de la luminette est dirigée contre l’écran en face des yeux, puis redirigée dans la rétine de manière optimale et sans gêner la vision. Très pratique, la luminette permet de concilier n’importe quelle activité intellectuelle nécessitant une bonne vision durant votre séance de 30 minutes.

La luminothérapie est une thérapie en expansion qui permet de surmonter le blues hivernal, la mal-illumination, le stress, l’anxiété. Même si l’origine du trouble affectif saisonnier n’a pas encore été clairement prouvé, la lumière aurait un réel effet sur l’organisme.  Elle est reconnue et résout ainsi les dérèglements des neurotransmetteurs sous plusieurs formes : au réveil, dans la matinée, au bureau ou tout au long de la journée avec des ampoules imitant la lumière naturelle.

Il est important de préciser qu’en respectant les consignes d’utilisation, même si elle contribue bien souvent à une amélioration de la qualité de sommeil, et que pour certains elle peut même procurer une sensation d’énergie et de bonne humeur, la luminothérapie ne fonctionne pas sur tout le monde. Elle est recommandée à toute personne, n’ayant pas de contre-indications particulières, souffrant de dépression saisonnière. Elle reste la meilleure solution contre la mal-illumination dont souffre une grande partie de la population comme un réel traitement du présent et du futur.