ACCEPTER SON CORPS OU RESSEMBLER AUX UNES DES MAGAZINES

Les beaux jours arrivent, les unes des magazines prônent le corps parfait : le fameux summerbody. Mais pour beaucoup de monde, c’est aussi le retour des complexes.Comment se défaire de cette norme ? Comment réussir à lâcher prise et prendre du recul face à ce phénomène ?

« Obtenez le corps de vos rêves en 2 semaines », « Objectif Bikini 2020 » : c’est la promesse des titres flatteurs et souvent bercés d’illusions des magazines, à l’aube de l’été. Et si on prenait le contrepied et se fixer un autre objectif ? Est-ce que l’ordre ne serait pas à la perfection mais plutôt à l’acceptation de soi ? L’été peut être synonyme de libération, de lâcher prise. Notre corps se dévoile un peu plus, il caractérise ce que nous sommes et témoignent des évènements de notre vie.

Culte du corps : influence sociétale ?

L’enveloppe corporelle de chacun se développe en grande partie grâce à l’environnement social. Cet environnement est influencé par plusieurs facteurs. Le diktat de l’apparence conduit les individus à chercher un développement de soi afin de poursuivre ce système normatif qui impose une certaine apparence physique. Nous pouvons citer l’exemple dominant pendant longtemps, celui de la minceur. Exemple encore très actuel, il incite à cacher ce qui peut rappeler la fragilité de la condition humaine. Il n’y a pas que les journaux prônant une certaine idée du corps parfait. En effet, sur les réseaux sociaux, où la photographie est primordiale, l’individu est en permanence confronté à ce corps parfait. La post modernité occidentale accorde une importance au corps de sorte qu’il est devenu plus important que l’ âme. Tout cela a conduit à l’imaginaire du corps tout puissant. Pourquoi et comment ces simples images arrivent à transformer notre rapport au corps ?

Julie, 19 ans, étudiante, a pendant longtemps été victime de cette influence. Tout juste sortie de l’anorexie, elle se bat tous les jours comme ce diktat : « Nous essayons sans cesse de ressembler à nos instagrameurs préférés, sans le vouloir. Nous avons des envies de rentrer dans le moule.  Les images véhiculées sur Internet et dans les magazines impactent et jouent beaucoup sur l’image que nous avons de soi. L’adolescence est la période où on se cherche, on s’imagine de telle ou telle manière. Je pense que la recherche de la bonne image de son apparence passe par tout ça. Pour se défaire de cette pression que nous nous mettons, il faut que chacun comprenne que nous sommes différents et que cette différence qui fait notre beauté. »

IMPACT SUR LES INDIVIDUS

Pauline, 22 ans, étudiante qui partage le même avis que Julie : « Face aux magazines et aux images sur les réseaux sociaux, nous sommes sans cesse dans un combat contre nous-mêmes. Je pense que ce combat est propre à chacun mais il est difficile de se dire qu’il n’y a pas de normes derrière ces images. Je prône l’acceptation de soi malgré cet imaginaire dicté par la société. Par contre, quand c’est mon corps, j’ai plus de mal quelques fois. »

Lorsque l’on parle de rapport au corps, il faut avoir à l’esprit tous les liens qu’il peut y avoir entre le « moi » intérieur et le « moi » extérieur. L’enveloppe corporelle de chacun montre ce qu’il se passe à l’intérieur. Pour certain(ne)s, l’image du corps parfait véhiculé transforme leur rapport, les relations. Charlotte Tazartez travaille sur cette thématique, elle est psychologue clinicienne, spécialisé dans le service nutrition à l’hôpital Sud de Rennes : « Les photographies omniprésentes des corps, surtout celui de la femme impactent énormément l’image que ces femmes peuvent avoir d’elles. La mise en distance de ces images n’est pas la même selon chaque femme. Certaines se sentent dans une obligation de ressemblance. Les Troubles des Conduites Alimentaires (TCA) , comme la boulimie ou l’anorexie par exemple, sont des conséquences graves de ce phénomène. Le rapport sain avec son corps est dépassé par ces pulsions. Je pense que la société médiatique ne se rend pas compte du poids qu’elle a et qu’elle aura toujours. »

Révolte contre ce culte, modèle ?

Avec l’image du corps parfait véhiculée par les magazines de mode et les réseaux sociaux, certains ont voulu prendre le contrepied. Un nouveau mouvement a vu le jour : le mouvement du bodypositivisme. Ne pas avoir le ventre plat, ne pas s’épiler pour aller à la plage, avoir quelques vergetures et se mettre en maillot deux pièces, avoir des petits bras et se mettre en débardeur, tout est photographié afin de mettre en valeur ces corps trop longtemps mis dans l’ordre. Selfloveklubb est un compte Instagram créé par Angèle Tréhin, il met en lumière l’acceptation de soi. Pour la jeune instagrammeuse, l’idée est de transmettre et se battre contre les préjugés : « J’ai découvert petit à petit des comptes bodypositive ou des comptes de mannequins grandes tailles, etc et je me suis rendue compte que ça faisait un bien fou de pouvoir voir sur les réseaux des corps qui nous ressemblent”. Ce compte a donc été fait pour montrer qu’une personne lambda pouvait elle aussi le faire sur Instagram. « C’est important d’avoir des images de gens qui nous ressemblent autour de nous. »

Le message diffusé est rempli de bienveillance et d’amour pour soi. « J’ai envie de faire passer beaucoup de bienveillance surtout, et de dire aux autres que la bienveillance c’est chouette entre nous mais c’est chouette avec nous aussi, il faut qu’on se laisse tranquille un petit peu, et qu’on sache qu’on mérite tout le respect du monde »

L’utilisation des réseaux sociaux et des contenus qui y sont dispensés dessus sont à prendre avec précaution. Ils peuvent autant être un frein qu’un accélérateur. Tout dépend de la manière dont sont interprétés les images. Pour créer Selfloveklubb, Angèle s’est inspirée de femmes, mannequins américaines qui ont fait de leurs corps, une force, un atout. « Oui beaucoup, énormément même d’autres comptes de féministes, de mannequins, etc..mais très souvent américaines ! C’est encore un peu timide en France. » Les réseaux sociaux ne sont plus porteurs pour une certaine norme.

L’acceptation de soi passe par la prise de conscience, il n’existe pas de diktat véritable de l’apparence. Ce rapport sain peut s’avérer être un grand combat mais qu’en est-il à côté des bienfaits que peuvent apporter le fait de bien se sentir dedans ?