Maux invisibles : Dans la peau d’un dys

Tout le monde connait vaguement la dyslexie, mais peu savent qu’il existe en réalité une multitude de troubles dys. Ces handicaps sont peu connus et mal compris. Aussi, nous avons jugé plus percutant de donner directement la parole aux dys. Une fenêtre sur leurs difficultés quotidiennes.

La dyslexie est un trouble du langage écrit, elle affecte principalement l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Mais ce n’est pas tout, les personnes touchées peuvent avoir des difficultés à comprendre le sens d’un texte, d’une question ou encore à exprimer clairement ses idées. 

Meredith Dinghuin, aide médico psychologique, dyslexique avec trouble de l’attention

«  J’ai toujours été maladroite. Combien de fois j’ai renversé mon verre à table. Combien de fois j’ai mis les pieds dans le plat dans une conversation et dit ce qu’il ne fallait pas dire.
Un souvenir m’a plus marquée que les autres. Le professeur m’envoyait au tableau volontairement car je ne comprenais pas un exercice. Il répétait « Personne ne va en récré tant que tu n’as pas fini ». Et moi, je restais plantée là, la craie à la main, devant cet exercice interminable. Je ne savais pas ce qu’on attendait de moi, ce que je devais noter. Je me sentais humiliée. Tous les yeux étaient posés sur moi et me foudroyaient du regard.  Jusqu’à ce que quelqu’un me souffle la réponse discrètement. »

La dyspraxie est un trouble de la coordination. Elle rend difficile des gestes supposés simples comme écrire (dysgraphie), nouer ses lacets, découper… Elle peut également provoquer des troubles du langage, des difficultés à se situer dans le temps et l’espace, à évaluer les distances et à progresser dans les matières logiques comme les mathématiques.

Léo Roth, lycéen, dyspraxique

« En tout début d’année scolaire je me lève devant la classe pour dire « Salut, alors moi je suis dyspraxique donc pour faire simple c’est un handicap que j’ai depuis toujours et qui fait que j’écris mal, donc j’utilise un ordi pour prendre les cours et faire les contrôles (et non je ne triche pas). Ah et oui, par moment je bégaye aussi. Voilà merci de m’avoir écouté ! » 
Parfois je me sens comme un intru. Par exemple, au Jujitsu je mémorise les techniques très lentement, j’ai peur que mon partenaire s’ennuie. C’est pareil lorsque je joue de la batterie en orchestre, j’ai l’impression de ralentir tout le groupe ».

La dysphasie est un trouble du langage oral et de la compréhension. La personne toucher peut avoir des difficultés à comprendre son interlocuteur et à exprimer ses idées, ou encore à prononcer les mots et les mettre dans l’ordre.

Jany Trahan, serveuse, dysphasique

« J’ai des problèmes d’apprentissage et de langage, il m’est parfois difficile de prononcer certains sons. Enfant je prononçais « Zanie » au lieu de Jany pour mon prénom, ou encore « bizou » à la place de bijoux. Je ne peux pas différencier les sons dans les mots qui se ressemblent lorsque je les prononce.
Au travail j’ai déjà proposé une « kyste » à la place d’une « quiche », ça a bien fait rire les clients ».

La dysorthographie, comme son nom l’indique, affecte surtout l’orthographe. Elle rend difficile, voire impossible d’assimiler les règles de grammaire et entraîne des confusions dans la lecture et l’écriture. Dans le cas de Véronique, cela affecte également sa mémoire à court terme.

Véronique Nogues, ATSEM, dysorthographique

« Comme beaucoup de dys, apprendre à lire a été pour moi un calvaire.
J’ai beaucoup de difficultés avec la mémoire immédiate, mais j’ai une très bonne mémoire à long terme. Par exemple je connais les dates d’anniversaires de toute ma famille, mes collègues et mes élèves. Et pourtant je dois noter toutes les choses importantes à faire au quotidien.
En plus de ça, être dys c’est aussi être plus sensible dans ses émotions. »

Les troubles dys sont souvent associés les uns aux autres, ce qui évidemment décuple les difficultés.

Arabelle Jorion, enseignante et animatrice en maternelle, multi-dys (dyslexique, dysorthographique, dyspraxique et dysgraphique)

« Je lis plus lentement que la norme et je suis facilement distraite. Mon orthophoniste m’a dit que je ne retenais plus de cinq lettres à la fois, ça rend l’apprentissage d’un mot long difficile, voire impossible.
Lorsque j’écris un mail important, je l’envoie toujours à ma mère pour qu’elle me le corrige. La dysgraphie m’empêche aussi de former correctement les lettres. J’appréhende toujours de devoir remplir un formulaire à la main.
Ma motricité est aussi affectée : je descends lentement les escaliers, j’évite les chaussures à lacets, je suis très maladroite, je renverse des choses, je ne fais pas de sports collectifs par exemple car je ne peux pas rattraper les balles… »

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