Stop Covid : bientôt tous fichés ?

L’application se base sur l’utilisation du Bluetooth afin de réaliser un traçage numérique des personnes. Cette technologie empêche de passer par une récolte des données de géolocalisation. L’application a été développée par des entreprises françaises afin de protéger les données des utilisateurs conformément à la CNIL et au Règlement Général de la Protection des Données ( RGPD). Le développement fut réalisé ainsi pour une question de souveraineté, pour ne pas dépendre d’entreprises extra-européennes. 

L’interface, intuitive, permet de signaler anonymement si l’on a été déclaré positif au Covid-19 aux personnes autour de nous utilisant l’application dans un rayon d’environ un mètre pendant quinze minutes. Cela fonctionne aussi pour les utilisateurs que l’on a pu côtoyer et qui sont connectés au système. Le but est qu’elles puissent faire le nécessaire pour contrer la propagation à leur échelle. L’application a été présentée comme un outil basé sur le volontariat citoyen qui pourrait aider à diminuer la circulation du virus. La mise en place d’une telle technologie souligne l’usage grandissant de la data. 

En mars, Google avait déjà rendu publique les données anonymisées et agrégées des utilisateurs de Google Maps récoltées entre le 16 février et le 29 mars 2020. Le but était d’accompagner pas loin de 131 Etats afin de comprendre les déplacements et les lieux les plus fréquentés par la population. Les gouvernements pouvaient adapter leurs restrictions en fonction des zones et endroits concernés et lutter contre la propagation du virus. Google avait d’ailleurs dressé un bilan sans appel en ce qui concerne les comportements des américains vis à vis de leur confinement. 

Des données en effervescence 

L’intelligence artificielle, la data et les évolutions technologiques sont des enjeux majeurs de nos sociétés actuelles. Le Big data, c’est 203 milliards de dollars sur le marché mondial. Une personne génère environ 1,7 Mo de données par seconde et une entreprise sur deux se dit prête à mener des projets liés au Big data en 2019. Une quantité aussi importante de données et les outils liés à leur exploitation font naître de nouveaux questionnements pour les citoyens. 

Selon le RDGP, sur la vie privée et l’anonymat des individus, les données personnelles englobent « toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable, directement ou indirectement, par référence à un identifiant, tel qu’un nom, des données de localisation, un identifiant en ligne, ou à un ou plusieurs éléments spécifiques propres à son identité physique, physiologique, génétique, psychique, économique, culturelle ou sociale ». Tout est données autour de nous, même en étant légalement protégés. Cela n’empêche pas que, dans l’esprit commun, le recours aux données est souvent vu comme pouvant avoir une influence négative sur notre démocratie mais surtout sur nos droits et notre vie privée. 

La data, le nouvel outil pour faire société 

Aujourd’hui, la réalité est que les données sont utilisées à différentes échelles. C’est devenu un outil banalisé dans de nombreux domaines. En politique, il est possible de comprendre des comportements électoraux. Dans le domaine du public, la RATP utilise aussi de la data pour prévoir les comportements des citoyens dans les transports parisiens afin d’adapter au mieux le réseau urbain. Les différentes possibilités d’utilisation sont énormes. Il y a des utilisations des données, au sein de nos sociétés, qui se veulent être un moyen d’améliorer le fonctionnement des échanges entre les différentes formes de pouvoir. 

Dans certains cas, la data est un outil visant à redonner du pouvoir aux citoyens.  A Boston, un programme de budgétisation participative a été instauré depuis 2013. Il se nomme « Youth Lead the Change » et permet à plus de 2000 citoyens entre 12 et 25 ans de choisir ensemble comment dépenser un million de dollars dans la ville. Ce système permet de développer de nouvelles façons de régir la vie en société à une échelle locale, de voter pour incorporer davantage la population à la vie de la cité et de se sentir concernés. Le fonctionnement se base sur la remontée des idées et besoins des citoyens grâce à l’accumulation de data. 

A Quito, le même type de démarche peut être constaté. La plate-forme « Mi Ciudad » est en cours de développement. Elle partage les données de la ville liées aux services proposés par les infrastructures et la budgétisation. L’enjeu majeur est de permettre aux citoyens de mieux comprendre le monde qui les entoure et son fonctionnement. Il est question de laisser décider de la gestion d’une partie du budget municipal à des assemblées de citoyens grâce aux données des institutions mises à disposition. 

Dans ces cas, la data est mise en avant comme étant un moyen de redonner du pouvoir d’action et de donner les clefs à des citoyens pour aider leurs gouvernements. Les lois actuelles, que ce soit au travers de la CNIL ou du RGPD, reflètent une volonté d’évoluer dans nos rapports aux données tout en restant vigilants et protégés. 

De telles évolutions induites par les nouvelles ressources technologiques renforcent le besoin d’investir dans la recherche et le développement. Il est important de réfléchir sur l’intention qui est mise dans ces méthodes avant d’y avoir recours.