Maux invisibles : des employés en souffrance

10 millions, c’est le nombre de personnes qui souffrent d’un handicap invisible en France. Peu prises au sérieux dans les entreprises, elles subissent une double peine. Mais, progressivement, les mentalités changent et les critiques disparaissent au profit de la bienveillance.

80% des personnes atteintes de handicap souffrent d’une maladie dite « invisible ». Invisible, car les individus touchés paraissent à première vue tout à fait valides.
Entrent dans ce champ les maladies chroniques et maladies auto-immunes comme la polyarthrite, le diabète ou encore l’épilepsie. Mais aussi les troubles psychiques comme l’autisme, la bipolarité ou la dyslexie. Au travail, les malades invisibles doivent souvent conjuguer une maladie encombrante et une absence de prise en compte par les employeurs et collègues.

L’association Aisahi accompagne spécifiquement ce public. D’abord dans les démarches administratives pour faire reconnaître le handicap. Ensuite, en organisant des ateliers de sensibilisation dans les entreprises et des rencontres entre employeurs et travailleurs en situation de handicap invisible.
Pour Florence Lopez, sa créatrice, les employeurs ont beaucoup de préjugés sur les maladies invisibles. « Il y a beaucoup d’idées reçues. Ils redoutent la difficulté de gestion de la personne, ou pensent par exemple que le diabète ce n’est pas grave, qu’une personne autiste est inemployable… » relate-t-elle. En bref, cela alterne entre inquiétudes, déni et refus.

Clémence Marion fait face à ces trois réactions. Elle est chocolatière depuis 11 ans, sa polyarthrite (une inflammation des articulations) s’est déclarée à 28 ans. Alors que ses supérieurs lui promettent le poste de direction depuis des mois, à l’annonce de ses problèmes de santé le poste a été donné à une autre.
Elle raconte « Mon patron m’a clairement dit que c’est ma collègue qui a le poste, car je ne suis plus capable de faire des heures supplémentaires ». Pourtant, elle prend tous ses rendez-vous médicaux en dehors de ses heures de travail et n’a demandé aucun aménagement. Cette pression, elle la ressent au quotidien. « Je ne peux pas m’arrêter, mon patron va m’en vouloir » confie-t-elle.

Sensibiliser pour accompagner

Pourtant, Florence Lopez considère que les choses évoluent dans le bon sens. La loi handicap de 2005 y est pour beaucoup. Elle impose aux entreprises de plus de 20 salariés d’embaucher au moins 6% de personnes en situation de handicap, dans le cas contraire une pénalité financière est appliquée.
De plus en plus d’entreprises se dotent également d’un pôle handicap qui permet de sensibiliser employeurs et salariés. Elle explique, « Si une personne est absente ou régulièrement en retard, ses collègues vont lui faire des remarques. Lorsque l’on ne connait pas la situation de la personne on va à la pensée la plus mauvaise. Au contraire, lorsque l’on est au courant et sensibilisé, les comportements changent et deviennent bienveillants ».

C’est ainsi que dans le restaurant de Romaric Villeneuve, sur l’Ile d’Oléron, on privilégie les compétences à l’état de santé. Récemment il a embauché une jeune plongeuse souffrant d’une maladie des reins. Elle a besoin de l’aide de ses collègues pour porter les charges lourdes.
« Il vaut mieux avoir quelqu’un qui reste plus longtemps, qu’on aide, que de chercher des plongeurs tous les quatre matins » affirme-t-il. Mais conscient des réalités, il tempère son propos : « Je sais qu’il y a beaucoup de discrimination à l’embauche. Dans notre restaurant qui travaille toute l’année ça ne pose pas de problèmes, mais dans les restaurants saisonniers je sais que c’est niet. »

Encore trop souvent, les malades invisibles cachent leur handicap de peur d’être jugés, considérés comme inefficaces par leurs collègues et employeurs. Mais à mesure que la parole se libère, les entreprises comprennent mieux le handicap invisible, aménagent les postes et font preuve de bienveillance.

Chaque semaine, Marie Stella Papeghin vous propose une réflexion autour du handicap.

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