Episode 3 : Continuer de vivre

Maman prépare-toi, il est 19 h 59 ! » Je peux entendre l’excitation dans la voix de cette jeune fille, presque tous les soirs. A 19 h 55, elle est déjà sur son balcon. Il semble que certains enfants vouent une admiration au corps soignant. Parfois elle ne peut se contenir et tape sur sa casserole avant le moment tant attendu : 20 heures. S’en suit alors 2 minutes de d’applaudissements, de cris, de joie. Celle-ci nous l’avons tous plus ou moins observée, entendue, constatée. On y contribue, tous à notre manière. En chantant, en devenant le nouveau Dj du quartier, celui qui s’éternise d’ailleurs parfois un peu trop alors que la fête est finie. Cet hommage destiné aux personnes en première ligne face au Covid-19 est en réalité la plus frappante démonstration d’un besoin d’expression entre les Hommes. Celui-ci s’affiche aussi sur les fenêtres, avec des dessins plus colorés les uns que les autres. Sur des banderoles que l’on affiche sur les murs de la maison ou l’immeuble où l’on vit. Impossible pour l’Homme de ne pas s’exprimer à autrui. Ce confinement inédit permet alors de découvrir à côté de qui l’on dort tous les soirs. Les balcons et fenêtres deviennent les nouvelles terrasses de café où il est bon de s’y assoir pour discuter, partager, rigoler : garder un semblant de vie sociale. Alors pour combien de temps encore cette guerre va-t-elle durer ? Il ne faudrait pas se décourager avec ce que l’on devra vivre, ensuite, à cause de cette crise.

Le goût du risque

Alors pour l’instant il faut attendre, chez soi. Mais pour certains cela paraît difficile à tenir. Avant le début du confinement en France, la plus grande place, aux allures de parc, de mon quartier était déserte, à quelques exceptions près, à tout heure de la journée. Depuis, elle sert enfin à quelque chose. A ce qu’une fille de 12 ans y fasse du quad, que des familles y jouent au ballon, que des couples y fassent leur sport et à ce que certains habitants du quartier la découvre et l’apprécie enfin. Mais est-ce très prudent ? Pour cet enfant du quartier c’est clair : « Madame vous n’avez pas le droit de jouer ici avec vos enfants, c’est dangereux ! », ce jeune homme de 8 ans environ, du haut de son balcon, s’adresse à une mère et ses deux enfants jouant sur une petite aire de jeux juste en bas de son immeuble. La femme ne répond pas. Elle récupère sa fille et son fils en bas âges et part la tête baissée. Elle marmonne en partant : « Ça va, j’habite ici aussi ». Mais son envie de profiter à l’extérieur avec ses enfants est plus forte. Deux jours plus tard, je la recroise, au même endroit. Mais cette fois-ci, ce n’est pas un enfant qui la réprimande mais un agent de la police municipale. Ils sont deux même, ayant l’air affolés. L’un vient me voir pour me dire qu’il est interdit d’être ici. L’autre au téléphone panique, demande à son responsable ce qu’il doit faire de cette femme. Comment il doit la verbaliser. Un tour de quartier plus tard, il ne sont plus là mais ont laissé, aux entrées de ce petit espace vert, des panneaux d’interdictions d’accès. Mais quelques heures plus tard, tout avait disparu.

L’Homme ne peut s’empêcher de vivre alors il s’adapte mais il ne parvient pas à changer ses habitudes. Le pourra-t-il après cette crise?