Les saisons, le rythme de la vie

/// Chronique 1: les fraises ///

Sucrée, juteuse et acidulée, la fraise est l’incontestable reine des étalages printaniers. Consommée depuis l’Antiquité, elle s’intègre parfaitement aux préparations cosmétiques de l’époque en raison de sa fragrance envoûtante de douceur. C’est au XIVème siècle qu’elle commence réellement son implantation dans les jardins européens.
Victime de son succès, ce fruit faible en calories et riches en vitamines (C et B) est la prisée des gourmands qui n’hésitent pas à malmener le rythme naturel des saisons pour s’en délecter toute l’année. L’ancestral dicton français invitant au plus scrupuleux suivi du calendrier « A la Pentecôte, fraises on goûte, à la Trinité, fraises au panier » laisse désormais pantois…

Or, comme supposé, la fraise de serre est cultivée en quantités astronomiques en Chine (3 122 036 tonnes/an), aux Etats-Unis (1 371 573 tonnes/an ) et au Mexique (458 972 tonnes/an) -pour les plus gros exportateurs- et subit le sort de ses homologues qui poussent à l’encontre de Mère Nature. Ces fraises, outre l’impact écologique désastreux que leur culture entraine, n’ont aucun goût. Finie cette subtilité singulière et rafraîchissante en bouche, adieu ces belles formes charnues et révolue cette teinte rouge vermillon brillante. Ces fraises robotisées, chimiques et bourrées de pesticides sont le fruit du « tout de suite, maintenant », syndrome d’une mondialisation accélérée qui détruit les cycles saisonniers pourtant essentiels à l’Homme. Néfaste, cette consommation irréfléchie pèse donc lourd, tant sur le plan humain que sur celui écologique. Ce sont les mains des salariés les plus précaires qui répondent à nos caprices insipides hors-saison, mains qui se trouvent souvent, bien loin de nos foyers.

Gage de qualité et de fraicheur, le respect de la saisonnalité apparait donc primordial car il permet de limiter son impact carbone et agir, de fait, pour la planète. Mais manger de saison, c’est surtout aider nos producteurs locaux qui doivent lutter chaque année face aux prix bon marché de l’importation. Avec près de 50 000 tonnes par an, la France se place à la 7ème place des pays européens producteurs de fraises et peut se narguer de posséder les variétés les plus recherchées comme la Gariguette ou la Mara des Bois. Il convient donc, avec l’arrivée des beaux jours, de laisser nos habitudes alimentaires hivernales au placard pour pouvoir enfin jouir, d’un des fruits les plus appréciés des français.

Tous les vendredis, Victoria partage sur Sens, sa vision de la cuisine. Entre observations personnelles et partage de recettes, c’est tout l’univers du goût qui est sollicité.

Recette de la tarte aux fraises:

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