Episode 2 : L’heure est à la réflexion

Identité, heure et motif de sortie : achat de première nécessité. Je vérifie un instant, tout est bon. Porte verrouillée et visage inaccessible, je sors de mon appartement, direction l’épicerie de mon quartier. J’aperçois au loin une file d’attente. 25 minutes plus tard, je suis à la tête de celle-ci. Prête à entendre le signal pour entrer. 25 minutes de distanciation sociale n’empêchant pas une vieille dame de me faire la discussion. Alors, l’Homme est-il accro à lui-même ?

Et c’est parti ! A l’affût, j’entre dans le magasin. La chasse au bon compromis est ouverte. Car c’est toujours le même constat, celui d’une ruée vers la consommation, rayons vides à l’appui. Place à la débrouille, je recompose mon régime alimentaire, je prends ce qu’il reste. L’Homme doit-il acheter en masse pour se rassurer, face au Covid-19 ? Pour se prouver que malgré tout il contrôle la situation. Alors en période de confinement, que nous reste-t-il à consommer ? Qu’est-ce qui nous fait vivre ? 

Après une inspection générale des rayons, dernière étape : payer. Toujours à un mètre les uns des autres, marquages au sol en rappel et vitres sur les caisses en prévention. En bruit de fond, un message sonore à propos du virus. Personne ne le voit mais il est partout. Alors je rentre chez moi et le condamne à rester dehors. 

« Ne serions-nous pas les principaux satisfaits de cet hommage devenu un exutoire ? »

Réfléchir à une meilleure version de nous-même

Je le retrouve quelques heures plus tard. Chien oblige. Et c’est toujours le même scénario mais avec différents acteurs. Je descends ma rue, je tourne à gauche, je longe, contourne les immeubles. Je m’attarde dans un espace vert et je le quitte à nouveau devant ma porte. J’en profite alors pour observer ces rues, ces habitations. Tous les volets sont ouverts, les fenêtres aussi. J’entends des enfants qui rigolent et des adultes qui se disputent. Des voisins jouer à un blind test musical, depuis leur balcon. Le plus intéressant reste tout de même de voir comment ces personnes profitent de leur temps à l’extérieur. Il y a ceux qui se découvrent une nouvelle passion pour le sport. Ceux qui préfèrent marcher mais dont les pas, lents, trahissent leur envie de rester dehors. Il y a aussi celui qui plante des fleurs dans la rue et celle qui marche en rond sur une place du quartier pour promener son chien. L’Homme est-il indissociable de son environnement ? S’il ne peut plus vivre que lui reste-t-il ? Taper sur ses casseroles et applaudir, tous les soirs, depuis son balcon. Il est 20 heures. Une journée confinée en moins. Mais récompenser nos soignants par de l’attention est-ce suffisant ? Ne serions-nous pas les principaux satisfaits de cet hommage devenu un exutoire ? Ne devrions-nous pas songer, de concert, à un nouvel ordre mondial ? L’heure est à la réflexion. 

Confinement à suivre…