Episode 1 : Le mal et ses mille visages

C’est parti! Je ferme la porte de mon appartement toulousain, accompagnée de mon chien. A ce moment-là j’ai même l’impression que l’air devient sale. J’ai alors un objectif : ne plus me toucher le visage. C’est désormais la zone sacrée à protéger. Mais aujourd’hui c’est différent. En effet, il est 12 heures, le 1er article du décret du 16 mars prend alors effet : il est impossible de sortir librement dans la rue. Je descends les étages de mon immeuble, intriguée, qu’est-ce que je vais pouvoir observer ? Des rues désertes aux allures de fin du monde ? Non ! A peine dehors, c’est la stupeur. En groupe, en couple ou en famille, ils sont là, à se délecter de cette journée ensoleillée, à toucher tout ce que le Covid-19 pourrait déjà avoir conquis. C’est le mal par excellence, celui qui n’a ni foi ni loi. Mes lèvres me démangent. « Messieurs dames, bonjour, vous savez qu’un virus est en train de tuer des milliers de personnes sur Terre ? Cela ne vous inquiète pas de vous exposer, vous et vos enfants à autant de risques ? » Mais je m’abstiens. Pourtant, il n’est plus l’heure de savoir si cette lutte nous intéresse ou non. Je dois alors dire, à regret, que tout le monde n’est pas conscient de ce que l’humanité va traverser. Et tout porte donc à croire que l’homme ne marchera jamais à l’unisson. Et si éliminer le mal déjà enfoui en l’homme provoquait la disparition des plus grands fléaux présents sur Terre ? 

Aujourd’hui, premier jour du confinement en France, mon logement devient mon refuge et l’incertitude m’envahit : combien de temps, dans quelles conditions, comment se protéger efficacement, que se passe-t-il réellement  ? Jusqu’à ce qu’elle crie.

« Alors on prend la relève, on crie pendant des dizaines de secondes, en flux continu, jusqu’à ce que tous nos voisins soient sur leur balcon. »

Un féminicide en moins

Assise dans mon canapé, à l’instant où mes oreilles perçoivent celui-ci, mon corps se fige et mon attention se focalise dessus. Un seul regard suffit entre ma colocataire et moi pour définir sa gravité. Nous accourrons vers le balcon et nous la voyons sur sa terrasse, au 4ème étage de l’immeuble d’en face, genoux au sol. Un homme l’étrangle. Elle ne crie plus mais à présent nous la voyons. Nous prenons alors la relève, nous crions pendant des dizaines de secondes, en flux continu, jusqu’à ce que tous nos voisins soient sur leur balcon. Tout le monde nous regarde, sans bouger. Une femme nous demande même d’arrêter. Heureusement notre appel a été entendu. Une dizaines d’hommes et de femmes sont sortis dans la rue pour chercher ce mal et le neutraliser. A ce moment-là, il est un ex-compagnon violent. La police arrive en suivant, elle constate les faits, embarque l’agresseur et sa victime. Nous la suivons jusqu’au commissariat central de Toulouse, pour témoigner, expliquer, décrire : l’aider. Selon elle nous lui avons sauvé la vie, avant de réussir à sortir sur son balcon elle avait reçu de nombreux coups et perdu connaissance. 

Face à ces mille visages du mal, la lutte s’organise, 2 579 malades sont hospitalisés le 17 mars 2020 et le nom de cette femme, mère de trois enfants, ne rallongera pas la liste des féminicides de l’année. Confinement à suivre…